De quoi parle-t-on exactement ?

Le terme « crise hypertensive » recouvre deux situations très différentes, que les médecins distinguent soigneusement car elles n'appellent pas du tout la même réponse. Le point commun : une tension très élevée, typiquement ≥ 180/120 mmHg (par exemple 185/125). Ce qui les sépare : la présence ou non de signes de souffrance d'un organe.

  • Élévation tensionnelle sévère sans symptôme (parfois appelée « urgence relative ») : la tension est très haute, mais vous ne ressentez rien d'inquiétant. C'est la situation la plus fréquente — et elle ne relève généralement pas des urgences hospitalières.
  • Urgence hypertensive vraie : la tension très haute s'accompagne de signes d'atteinte du cerveau, du cœur, des yeux ou des reins. C'est une urgence vitale qui impose d'appeler le 15.

Étape 1 — Ne pas paniquer, revérifier

Une valeur très élevée isolée est souvent majorée par le contexte : douleur, stress aigu, mesure juste après un effort, ou l'une des erreurs de mesure classiques. La panique elle-même fait monter la tension — c'est le cercle vicieux du tensiomètre. Le bon protocole :

  1. asseyez-vous au calme, 5 minutes de repos complet, respiration lente ;
  2. reprenez la mesure dans les bonnes conditions (bras sur table, dos soutenu, silence) ;
  3. refaites une troisième mesure une à deux minutes plus tard et retenez la tendance, pas le pic.

Étape 2 — Chercher les signes d'alerte

Pendant que vous vous reposez, passez en revue les symptômes qui transforment un chiffre élevé en urgence. Appelez immédiatement le 15 (ou le 112) si la tension élevée s'accompagne de l'un de ces signes :

  • douleur ou oppression thoracique ;
  • difficulté à parler, bouche déviée, faiblesse ou engourdissement d'un côté (suspicion d'AVC) ;
  • troubles visuels brutaux ;
  • céphalée intense, brutale, inhabituelle ;
  • essoufflement au repos, impossibilité de rester allongé ;
  • confusion, somnolence anormale, convulsions ;
  • grossesse en cours (seuils spécifiques, risque de pré-éclampsie — voir hypertension et grossesse).

Dans l'attente des secours : restez assis ou semi-allongé, ne prenez aucun médicament de votre propre initiative, ne conduisez pas.

Étape 3 — Tension confirmée haute mais aucun symptôme : que faire ?

Si après repos la tension reste ≥ 180/110–120 mmHg sans aucun signe d'alerte :

  • contactez un médecin dans la journée — votre médecin traitant, la téléconsultation ou le 116 117 (médecin de garde) si c'est le soir ou le week-end ;
  • si vous êtes hypertendu connu : vérifiez que vous avez bien pris votre traitement (l'oubli est la première cause de poussée) et signalez l'épisode au médecin ;
  • évitez café, alcool, tabac, effort intense et décongestionnants nasaux jusqu'à l'avis médical ;
  • recontrôlez la tension toutes les heures environ, et notez les valeurs.

Ce qu'il ne faut pas faire : prendre un comprimé « en plus » de votre traitement ou un médicament de quelqu'un d'autre pour faire chuter la tension rapidement. Une baisse brutale peut être plus dangereuse que l'élévation elle-même, notamment pour le cerveau. La descente doit être progressive et médicalement encadrée.

Après la crise : comprendre pourquoi

Toute poussée sévère mérite un bilan : observance du traitement, cause secondaire passée inaperçue (rein, hormones, apnées du sommeil), interaction médicamenteuse (AINS, corticoïdes, réglisse…), ou traitement devenu insuffisant. Un cycle d'automesure 3-3-3 dans les jours suivants, apporté en consultation, aidera le médecin à ajuster la prise en charge.

Ce qu'il faut retenir

  • ≥ 180/120 mmHg : revérifier après 5 minutes de vrai repos avant toute conclusion.
  • Tension très haute + symptôme (thorax, parole, vision, souffle, conscience) = 15 immédiatement.
  • Tension très haute sans symptôme = avis médical dans la journée, pas d'automédication.
  • Jamais de baisse brutale auto-administrée ; toujours un bilan des causes après l'épisode.

Sources : ESC/ESH, recommandations (urgences hypertensives) ; SFHTA, consensus poussées hypertensives ; Assurance Maladie (ameli.fr).